Fabe – Lentement mais sûrement EP

1996, Unik Records/Shaman

Si Lentement mais sûrement a bien un mérite dans la discographie de Fabe, c’est celui de prolonger le style vif de Befa surprend ses frères tout en laissant légèrement entrevoir la noirceur du futur Le fond et la forme.

‘Bienvenue à Paris’ avait sans problème sa place sur le disque précédent. A vrai dire, il est peut être le meilleur titre du rappeur dans le genre à la fois pertinent et amusant, terre à terre et léger qui est le sien à ses débuts. « Si tu penses qu’il n’y a que le Louvre et la belle vie, par ici l’ami, nous te ferons visiter Paris« . Cette fois sans maladresse aucune, Fabe atteint un équilibre parfait et dépeint avec un drôle de réalisme la capitale dans l’envers de son décor, bondée, stressée, violente et folle : « L’avenir est douteux comme un jeu de cartes, si tu ne triches pas, tu deviens chelou comme un psychopathe« .

Dans la même idée de prolonger l’ambiance du premier opus, ‘Dans la place’‘Chacun pour soi et Dieu pour tous’ (seul titre produit par Le Cervo, quand le reste est une nouvelle fois laissé au mains de DJ Stofkry) et ‘Passe-moi le mic’ sont un peu plus anecdotiques malgré sur les deux derniers la présence de renforts (Koma et le Complot des Bas Fonds), qui certes n’apportent pas grand chose tout écrasés qu’ils sont par la prestance de Fabe. On préférera donc se tourner vers un ‘Lentement 95 (Lève la main)’ plus réussi malgré son manque d’originalité, et le remix de ‘Ca fait partie de mon passé’ au moins aussi bon que l’original.

Mais la véritable tuerie du disque, car il y en a une, c’est bien sûr ‘Rien ne change à part les saisons’ en compagnie du Dandi-Bandit Dany Dan. Forcément, l’association de ces deux figures incontournables frappe fort là où ça fait mal. Sur un instru épuré au possible, avec un flow saccadé martelant les mots comme autant de sentences irrévocables, basé sur une phrase de Dan tirée de ‘Le peuple a raison’, le titre multiplie les fulgurances lyricales (« Quand je frime, rime, j’arrive : trompette, sax’, tambours hardcore, on me lance plus de fleurs que si j’étais mort, porc ! ») et les descriptions d’un quotidien routinier qui ne réussit qu’à pousser vers le crime (« Les mêmes soirées coupe-gorge sans meufs, la frustration, les gorges serrées, les embrouilles, les keufs, pas de bluff je porte l’arme juste au cas où »). Un sommet de maitrise, et probablement l’un des meilleurs featurings du rap français.

Lentement mais sûrement, Fabe fait sa place dans la place. Et si cet EP au niveau très honorable ne se montre pas essentiel en soit – en dépit d’un track monstrueux, il constitue une belle pièce témoignant de la lente mais sûre montée en puissance de son auteur.

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