De Onyx à Kohndo en 25 morceaux et quelques scratchs

Le hip hop a ceci de magnifique : il est connecté. A tout, partout. Au delà des frontières, au delà du temps, au delà des genres. Il est lié, relié et en tire une richesse et des possibilités qui n’ont pas de limites. Un morceau emprunte à un autre, et pour peu qu’il soit bon sera lui-même emprunté à l’occasion. En 1969, Isaac Hayes sortait un incroyable ‘Hyperbolicsyllabicsesquedalymistic‘. 30 ans après, Public Enemy en faisait l’un des plus grands morceaux de rap de tous les temps. En 2005, Just Blaze reprenait le tout pour en faire l’une des meilleures tracks de Doctor’s Advocate. Entre temps, on préfère ne même pas compter, entre DJ Quik, Ice Cube, Fabe, on en passe et des meilleurs. Quelque part au milieu des années 70’s, Coke La Rock lâchait un « You rock & you don’t stop ». En 2012, cette phrase a probablement été prononcée un bon million de fois. Et encore, on exagère pas trop. En 1992, les Das Efx venaient tout juste de sortir des égouts new-yorkais. Quinze ans et une traversée de l’Atlantique plus tard, on les retrouvait à Marseille, sur les platines de Kheops pour ‘Ca vient de la rue’. En 1997, Shurik’n regrettait de ne pas avoir pu dire au revoir à Momo. A peine un an après, sa phase terminait Opéra Puccino. Connecté on vous dit.

« La tête rasée à la Onyx, j’étais dingue comme le coeur de mes lyrics » (Kohndo, ‘Mon Ghetto’, 2012)

Quand dans son morceau ‘Mon ghetto‘ Kohndo cite Onyx, on est forcément un peu interpellé. On aurait probablement rien dit en 1995 à l’époque de La Cliqua, mais là on se pose la question. Qu’est-ce qui peut bien encore lier un MC français chantre du rap soul en 2012 à un groupe de rap hardcore new-yorkais qui n’a concrètement plus rien sorti de très intéressant depuis le milieu des années 90’s ? On a envie de dire simplement : le rap ? Oui, mais plus que ça. Voici l’esquisse d’une idée. Une autoroute du hip hop, ses chemins et ses sentiers faits de scratchs, de dédicaces, et de citations plus ou moins honorifiques. Un itinéraire parmi beaucoup d’autres possibles, qui passe par Redman, De La Soul, NTM ou encore Youssoupha, et  qui relie 1993 à 2012, New-York à Paris, Onyx à Kohndo. Et vice versa. 

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Tout commence en 1993, quand le groupe Onyx sort le plutôt énervé ‘Throw ya gunz‘ sur leur premier album Bacdafucup.

 

 

 

 

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==> Visiblement, ça a plut à Jeru the Damaja et DJ Premier, qui scratche la phrase  « Oh oh, hand’s up, cuz we droppin’ some shit » en guise de refrain à ‘Come Clean‘. On est toujours en 1993.

 

 

 

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==> Le morceau est une tuerie, et visiblement Redman pense comme moi lorsqu’il balance l’année d’après dans ‘Rockafella‘ : « Hey you, better come clean like Jeru, before i take phase two, and do another pay-per-view to your crew ».

 

 

 

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==> Mais l’homme rouge n’a pas attendu Jeru pour rapper. Déjà en 93, Q-Tip lui rendait hommage (« Comin’ down the block man loud as fuck, you would swear Redman was inside the trunk) » dans le ‘Midnight‘ du génial Midnight Marauders d’A Tribe Called Quest. Une phase que Redman lui-même reprendra plus tard pour ‘Funkorama’.

 

 

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==> Se faire citer par ATCQ dans ‘Verses from the abstract‘ (« Pete Rock is in the house, CL is in the house »), même quand on s’appelle effectivement Pete Rock & CL Smooth, c’est la classe. Du coup, quand on fait un morceau bien nommé ‘In the House‘, aucune raison de se priver d’un tel scratch.

 

 

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==> La touchante sincérité de Pete Rock & CL dans ‘T.R.O.Y.‘ n’aura laissé personne indifférent, pas même les De La Soul dans leur drôlement légendaire ‘Ego Trippin’ part.II‘ (« Sometimes I’m fast, blow off like a seal when They Reminisce Over You, for real »).

 

 

 

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==> Architecte surdoué de deux groupes majeurs, Prince Paul ne se gêne pas pour scratcher un passage de ‘Plug Tunin’ Original 12′‘ (« Life of the check can be stopped by accident when you’re tripping » ) de son ancien groupe De La Soul dans le sensationnel ‘Defective Trip‘ de son nouveau crew les Gravediggaz.

 

 

 

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==> Deuxième architecte surdoué des Gravediggaz, c’est cette fois RZA qui réutilise un passage (rappé par lui-même) de l’halluciné ‘Diary of a madman‘ en guise de fond sonore à sa propre compostion pour ‘What the blood clot‘, à l’attention de son compère du Wu, Method Man (« Overwhelmed by the wicked inspirations of an evil djinn, I realize my ideas has spawned for 400 years of blood sweat and tears »).

 

 

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==> Depuis ce même ‘What the blood clot’ de Mister Meth, c’est le Suprême NTM  qui quatre ans après, soit en 1998, scratch « Cuz that’s my people » dans son  immense ‘That’s my people‘. On aurait pu traverser l’Atlantique de mille et une manières, ce sera celle-ci.

 

 

 

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==> On a beau dire, au final NTM et IAM se ressemblent beaucoup. Leurs différences résident dans la forme plus que dans le fond. Du coup, voir Akhenaton sampler un passage de ‘Qui paiera les dégâts‘ (« N’oublie jamais que… ») dans ‘La réalité‘ ne fait que confirmer cette évidence, en plus de bien faire plaisir.

 

 

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==> ‘Demain c’est loin‘ aura laissé des traces indélébiles à quiconque s’intéresse un temps soit peu au rap français. Dès l’année suivant sa sortie, on retrouve des passages du morceau d’IAM chez les plus grands, d’Oxmo dans ‘Mourir 1000 fois’ à Arsenik (« Tu baves du béton, craches du béton, chies du béton« ) dans ‘Partout la même‘.

 

 

 

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==> S’il y a un truc qui a bien manqué au rap français au milieu de la dernière décennie, c’est la reconnaissance et le respect pour ses grandes figures. Avec un ‘Lecture aléatoire finement écrit, Médine se charge en 2006 de rendre hommage à cinq d’entre elles. « Ceci pour prendre à César ce qui t’appartient, de l’Arsenik en flacon de parfum« .

 

 

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==> Altruiste, Youssoupha règle son compte à Nessbeal pour le compte du MC Havrais et frappe (avec un dictionnaire ?) un grand coup là où ça fait mal dans ‘L’effet papillon’ : « Sur le freestyle hostile 2006 c’est pas Médine qui bégayait« . Au moins, c’est dit clairement.

 

 

 

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==> Des vieux de la veille qui vont piocher dans la nouvelle école, c’est suffisamment rare pour être signalé. Ici, c’est IAM qui dans ‘United‘ place une phase de Youssoupha (« Et j’espère que mes écrits resteront fidèles à mes convictions« ) issue de son premier grand morceau, ‘Eternel Recommencement‘.

 

 

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==> On reste sur Marseille avec la Fonky Family qui sur ‘Une seule fois‘ scratch « On ne vit qu’une fois » (au moins, c’est approprié) tirée de l’hymne phocéen ‘Bad Boys de Marseille pt.II’, interprété par la FF elle même et les deux leaders d’IAM.

 

 

 

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==> Il est rare de voir l’ex Lunatic sortir de son rôle de fossoyeur. Et pour le coup quand il fait des hommages comme ici dans ‘Lunatic‘, on s’en souvient longtemps : « Premier album de la FF, Arsenik m’aide à gratter« . Ca ne vaut pas le magique « A.L.I. tu as toute ma reconnaissance« , mais c’est déjà ça.

 

 

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==> Il est maintenant temps de boucler la boucle… Un peu avant de parler d’OnyxKohndo citera quelques noms importants de la scène hexagonale des mid’ 90’s dans ‘Mon ghetto‘. Forcément, le duo Ali & Booba ne peut y réchapper : « Ma cour c’était ça, Lunatic et les Sages po, moi je kick pour ma Cliqua, j’ai le style et le plein de flow« . Le style et le plein de flow. Voilà un bon résumé de la chose.

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